Génétique du chien 2.0 : Les couleurs

La coloration chez les chiens est un trait physique visible, non associé à des conditions pathologiques ou à des maladies (sauf quelques exceptions) et qui est désirable depuis le début des races de chiens. La coloration des chiens est un bon exemple de la génétique de base et de l’hérédité.  Nous allons voir la fonction des gènes uniques, le passage des gènes d’une génération à l’autre et surtout, l’interaction des gènes les uns avec les autres pour donner des combinaisons de couleurs entre les races de chiens et à l’intérieur de celles-ci.

Les bases de la génétique des couleurs chez le chien sont relativement simples.  Il faut toutefois demeurer prudent, puisque la simplicité, plus la simplicité, plus la simplicité … tombe assez rapidement dans le complexe.  Ce bref résumé de la génétique de la coloration chez le chien devrait être considéré comme un point de départ, pour simplifier ce qui peut devenir assez élaboré.  Une étude plus approfondie de la génétique de la coloration chez le chien peut être trouvée ailleurs (voir liens à la fin).

Les gènes qui contribuent à la coloration et aux motifs de couleurs observés chez le chien peuvent être regroupés en quatre niveaux de fonction :

  1. Les gènes codant pour la couleur de base, incluant Agouti (Locus A), Extension (Locus E), Noir dominant (Locus K) et Locus C. Ce sont ces gènes qui forment les pigments qui donnent la couleur de base du chien.
  2. Les gènes codant pour la modification de la couleur de base, incluant Brun (Locus B) et Dilution (Locus D). Ces gènes modifient les couleurs de base définies par les gènes précédents.
  3. Les gènes codant pour des taches blanches, incluant Taches blanches (Locus S). Ces gènes ne forment pas de couleur, mais sont responsables d’un manque de couleur (c’est-à-dire, des taches blanches).
  4. Les gènes codant pour des patrons/motifs de couleurs, incluant Locus A (Agouti, contribuant aussi à la couleur de base) et Locus M (Merle).

Il faut garder en tête que les gènes viennent en deux copies, c’est-à-dire que notre système génétique est dupliqué (voir Génétique canine 1.0 : Concepts de base).  De plus, l’effet d’une copie d’un gène peut être dominant (avec des effets évidents) par rapport à l’autre copie, ou récessive, avec des effets potentiellement cachés.  Pour un gène donné, un individu peut avoir deux copies identiques (soit deux copies dominantes ou deux copies récessives), ou une copie dominante et une copie récessive.  Par ailleurs, les fonctions d’un gène peuvent masquer ou peuvent être permissive au fonctions d’autres gènes.

Gènes codant pour la couleur de base

La couleur est donnée par des produits chimiques appelés pigments.  Ces pigments sont produits par des cellules spécialisées nommées mélanocytes, que l’on retrouve dans le poil, la peau et les yeux.  Chez le chien, la couleur et les patrons de pigmentation dans les poils sont les plus importants.  Les deux pigments de base qui contribuent à la coloration des chiens sont les pigments noirs et jaunes.  C’est l’interaction entre l’expression des gènes responsables de ces deux pigments qui donne au chien sa coloration de base.  Il faut réaliser qu’un poil seul peut être complètement noir, complètement jaune ou encore jaune avec une bande noire à la pointe.  Il est à noter qu’un manque de pigment donne une «couleur» blanche.  La génétique de la coloration de base chez le chien est compliquée par deux aspects qu’on ne voit pas chez nos autres animaux domestiques.  Premièrement, il y a deux façons d’avoir un chien noir, une à partir du Locus K avec une génétique dominante, et l’autre à partir du Locus A avec une génétique récessive.  Deuxièmement, il y a deux façons d’avoir un chien jaune, une à partir du Locus A avec une génétique dominante, et l’autre à partir du Locus E avec une génétique récessive.

Locus K (noir dominant)
Le Locus K est unique aux chiens et n’est retrouvé chez aucun autre animal domestique, pas même le chat. Un Locus K dominant (KB) est responsable de la coloration Noire Dominante vue chez certains chiens tels que les Labrador Retriever. Une seconde variation du Locus K est responsable de la coloration bringée (Kbr) comme chez les Boxer.  Finalement, un Locus K récessif (Ky) permet au gène Agouti d’être fonctionnel pour exprimer le pigment jaune.

Locus E (jaune récessif)

Le Locus E, aussi connu sous le nom d’Extension, affecte la production de la pigmentation noire. Lorsque les chiens sont doublement récessifs au Locus E (e/e) tout en étant dominants pour la coloration noire (KB) au locus K, ils obtiennent une coloration jaune  puisque le pigment noir ne peut pas être exprimé : c’est le jaune récessif. Ceci est en contraste avec le jaune dominant observé avec le locus A (Agouti) et peut être source de confusion.  La coloration jaune récessive est responsable de la majestueuse coloration dorée des Golden Retriever et de la coloration rouge royale des Setter Irlandais.  Le Locus E possède également une version dominante (EM), résultant en un « Masque Noir », patron de coloration observé chez plusieurs races de chiens.

Locus A (Agouti ; jaune dominant et noir récessif)

Le gène Agouti, retrouvé au Locus A, est le maître pour la production du pigment jaune. Chez les chiens, l’Agouti est le gène responsable du Jaune Dominant (A/-) vu chez plusieurs races de chiens comme le Carlin et le Teckel, et du Noir Récessif (a/a) vu par exemple chez le Border Collie.  L’Agouti donne aussi quelques autres patrons de couleurs incluant l’Agouti proprement dit (référant au patron de poils jaunes avec pointes noires, comme chez les Bergers Allemands) et le noir et feu (tan) observés chez plusieurs races de chiens comme les Setter Gordon (à mentionner puisque c’était notre premier chien de famille !), le Doberman et le Rottweiler.  Pour que le gène Agouti soit fonctionnel et démontrant une interaction entre les gènes, le chien doit posséder les deux copies récessives du Locus K (Ky/Ky).

Locus C (albinos)
Le Locus C est mentionné dans la section du chien par respect pour les chats.  Le Locus C est le gène maître qui contrôle la formation de deux pigments : le noir et le jaune.  Lorsque le gène est muté et inactif, aucun pigment n’est formé.  Une mutation récessive du Locus C va donner un chien blanc récessif ou «albinos», mais ceci n’est pas quelque chose de désirable pour les éleveurs de chiens.  Ainsi, le Locus C est de peu d’intérêt pour les éleveurs de chiens : ils ne se soucient généralement pas du fait que le Locus C donne le patron magnifique de « Colorpoint » chez les chats (voir Génétique du chat Cat 2.0 : Les couleurs).

Gènes codant pour la modification de couleurs

Ces gènes ne forment pas de pigments de coloration mais ils influencent la teinte de la couleur, habituellement en réduisant (diluant) l’intensité de celle-ci. Les gènes modificateurs de couleur comprennent le Brun (Locus B) et la Dilution (Locus D).

Locus B (Brun)

Le gène Brun (Locus B), chez les chiens, modifie l’intensité de la pigmentation noire. Le brun est un trait récessif qui permet d’alléger la pigmentation noire normale (B/-) pour donner une coloration brune (b/b).  La coloration normale est dominante par rapport au brun qui est récessif.  Le Locus B n’a pas d’effet sur la pigmentation jaune provenant du Locus A (Agouti).

Locus D (Dilution)

Le gène de Dilution (Locus D) est un autre gène qui modifie la coloration normale, en lavant  («diluant») les pigments noir et jaune.  Le Locus D est un trait récessif qui va modifier la pigmentation noire donnant une coloration grise (d/d), appelée Bleue, Grise, Ardoise, Buff  ou autre, dépendamment de la race.  Ce Locus peut se combiner au Locus B pour donner des couleurs de fourrures additionnelles, comme Isabella, Lilas (comme chez les chats), Fauve et Chamois, selon la race. Chez certaines races, le Locus D est associé avec l’alopécie (ou perte de poils), probablement dû à la combinaison du (d/d) avec d’autres gènes qui n’ont pas encore été identifiés.

Gènes codant pour les taches blanches

Les marques blanches sont une caractéristique importante dans la génétique de coloration des chiens. Fait intéressant, le blanc n’est pas une couleur en soi, mais plutôt un manque de couleur. En fait, la coloration blanche provient d’un problème vécu durant le développement, soit d’un manque de cellules (appelées mélanocytes) qui produisent la pigmentation. Le gène majeur codant pour des taches blanches se trouvent sur le Locus S, et est classé en 4 versions :

S – La version dominante donne un chien sans aucune tache blanche.

si– Les taches blanches Irlandaises donnent un chien avec des taches blanches sur le ventre

sp– Les taches blanches Piebald donnent un chien avec des taches blanches aléatoires

sw – Les taches blanches extrêmes donnent un chien presque entièrement blanc, avec habituellement quelques parcelles de pigmentation sur la tête.

Récemment, le gène impliqué dans le locus S, ainsi que quatre mutations distinctes associées à des taches blanches ont été identifiées. Toutefois, la génétique des taches blanches demeure compliquée et non entièrement comprise.  En effet, les différents patrons de taches blanches observés peuvent résulter de la combinaison de mutations qui ont été décrites précédemment, et peuvent varier entre les différentes races.  Par ailleurs, d’autres gènes peuvent modifier l’activité du Locus S.  Il est à noter que les taches blanches extrêmes (sw) peuvent être associées à des problèmes développementaux tels aque la surdité ou les souffles cardiaques, comme chez les boxers blancs.  Nous n’avons pas fini d’entendre parler de la génétique des taches blanches.  Pour les âmes intrépides qui souhaitent une discussion plus approfondie sur la génétique des taches blanches, je vous réfère à des ressources plus complètes :

https://en.wikipedia.org/wiki/Coat_(dog)

http://www.doggenetics.co.uk/white.htm

http://homepage.usask.ca/~schmutz/dogspots.html

Patrons de couleurs

Locus A (Agouti)

Le gène Agouti a une double fonction : il agit comme gène maître dans la formation de la pigmentation jaune et il est impliqué dans la formation des patrons de couleurs. Ce patron peut comprendre une alternance de bandes (poils avec base pâles et extrémités foncées) comme chez les Bergers allemands et les loups, ou une alternance de noir et de roux provenant de la pigmentation jaune.

Locus M (Merle)

Merle est un patron de couleur irrégulière et frappante vu chez un grand nombre de races de chiens. Le patron Merle donne des zones de poils délavées et tachetées au travers d’un pelage de couleur uniforme. Ce qu’il faut savoir à propos du Merle, c’est que le gène agit durant le développement de l’animal (un peu comme le Locus S), que c’est un trait dominant (seulement une copie du gène doit être mutée pour donner le patron de Merle) et qu’il peut être associé à des malformations congénitales (incluant des problèmes d’oreilles et de yeux).  Règle à respecter, il ne faudrait jamais accoupler ensemble deux animaux Merle, car un animal double Merle (les deux copies du gène étant mutées), a plus de chance d’avoir des maladies congénitales.

Encore une fois, cette présentation de la génétique de la coloration chez les chiens est une initiation au terrain. Plusieurs points intéressants ont été exclus, incluant les taches de couleurs sur un pelage blanc, le grisonnement progressif, la génétique des poils courts, longs et frisés, entre autres.  Ces omissions sont intentionnelles et permettent d’éviter le problème de « perdre la forêt de vue à cause de tous les maudits arbres ! ».  Une couverture plus complète et en profondeur de ce sujet peut être trouvée ailleurs :

https://en.wikipedia.org/wiki/Coat_(dog)

http://www.doggenetics.co.uk

http://homepage.usask.ca/~schmutz/dogcolors.html

© 2018 David W. Silversides